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L’introduction précoce des allergènes dans l’alimentation préserverait des allergies

allergies alimentaires bébés
Publié le 10/12/2019
Catherine Piraud-Rouet
Journaliste spécialisée en puériculture et éducation
Contrairement à la politique mise en place depuis deux décennies, une introduction précoce des allergènes dans l’alimentation préviendrait la survenue d’allergies alimentaires

Contre la survenue des allergies alimentaires, la politique, depuis le début des années 2000, était de recommander aux parents de ne pas donner d’aliments allergènes à leurs enfants durant les premières années de vie (principalement les arachides jusqu’à trois ans et les poissons jusqu’à deux ans). Une approche dont une étude d’une équipe du King’s College London, au Royaume-Uni, publiée le 4 décembre dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology, prend le contre-pied. Selon celle-ci, au contraire, l’introduction la plus précoce possible des aliments allergènes diminuerait le risque de développer ce type d’allergies.
 

Vaste étude clinique

Ces articles rendent compte des résultats d’une vaste étude clinique, dénommée EAT (Enquiring about Tolerance), ayant porté sur 1 300 enfants, suivis de l’âge de trois mois à quatre ans. La moitié d’entre eux a commencé à recevoir des arachides, des œufs, du lait de vache, du sésame et de la morue, dès l’âge de trois mois, tandis que l’autre a été nourrie exclusivement au sein jusqu’à six mois. Les nourrissons ont été divisés en trois groupes, en fonction de leur niveau de prédisposition à devenir allergique.
 

Risques d’allergies plus faibles

Les chercheurs ont observé que l’introduction dès l’âge de trois mois d’aliments allergènes dans le régime des nourrissons déjà fortement prédisposés à souffrir d’une allergie alimentaire réduisait significativement leur risque de développer celle-ci. En particulier, seuls 20 % des enfants déjà sensibilisés aux œufs à trois mois ont développé plus tard une allergie à cet aliment. Par comparaison, cela a été le cas de 48,6 % de ceux qui n’avaient ingéré que du lait maternel. De même, parmi les bébés déjà sensibilisés aux arachides, 14,3 % de ceux qui avaient reçu des allergènes dès le début de l’étude ont développé une allergie à ces légumineuses, comparativement à 33,3 % de ceux nourris uniquement au sein. Une diminution du risque d’allergie significative, en dépit du fait que de nombreux parents n’aient pas suivi le protocole assidûment. Autre enseignement de taille : l’introduction d’aliments allergènes chez les enfants sans risque particulier d’allergies n’a pas augmenté ce risque.
 

Introduction d’allergènes dès trois mois

Cette étude confirme, selon les chercheurs, que ce qui était déjà connu pour les arachides depuis 2015 (publication de l’étude LEAP montrant que l’introduction d’arachides entre l’âge de 4 et 11 mois protégeait contre l’émergence d’allergie) est aussi vrai pour les œufs. Elle en conclut que, de manière générale, l’introduction des allergènes peut débuter dès l’âge de trois mois.

L’étude renforce toutefois le message selon lequel il ne faut pas retarder l’introduction des aliments allergènes, mais qu’il vaut mieux le faire le plus tôt possible, sitôt que le tout-petit peut accepter les aliments solides. Soit entre quatre et six mois. L’allergologue-immunologue Philippe Bégin, du CHU Sainte-Justine (Montréal) commente toutefois : « Mais en pratique, faire manger du solide à des nourrissons de trois mois n’est pas réalisable chez tous les enfants. De plus, l’introduction précoce des allergènes n’est pas non plus une garantie absolue que l’enfant ne sera pas allergique ».
 

Agressivité des allergènes limitée par l’ingestion

Les experts expliquent leurs résultats par l’hypothèse que l’éviction des allergènes alimentaires par ingestion buccale ces deux dernières décennies n’empêchait pas les enfants d’être exposés à ceux présents dans leur environnement si des personnes de leur entourage en consommaient. Une exposition par la peau qui s’avère pire que l’ingestion : l’organisme interprète alors l’aliment comme un dangereux parasite, alors que, par défaut, il interprète ce que nous mangeons comme inoffensif.

Pour rappel la fréquence des allergies alimentaires a doublé en 5 ans. Ces allergies sont deux fois plus fréquentes chez l’enfant que chez l’adulte. Avec une gravité variable, allant du simple prurit buccal au décès, et des répercussions multiples : altération de la qualité de vie, troubles psychologiques, impact familial et scolaire…