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Isabelle Wackenier
Journaliste spécialisée petite enfance

Portrait de RAM : « On essaie de garder le lien »

RAM Coronavirus assistante maternelle
Publié le 16/04/2020
Isabelle Wackenier
Journaliste spécialisée petite enfance
Si « rien n'était simple » au début du confinement, des relais assistantes maternelles s'organisent et innovent pour poursuivre leur rôle d'accompagnement et d'information auprès des assistantes maternelles et maintenir une relation qui prend tout son sens en cette période d’angoisse, voire de colère, que peuvent vivre les professionnelles.

Comment continuer d’accompagner et d’informer les assistantes maternelles en période de confinement ? Comment leur garantir les temps de parole et d’écoute organisés 5 à 6 fois par an et plébiscités par les professionnelles ? Le relais assistantes maternelles (RAM) d’Agen dans le Lot-et-Garonne a mis en place, dès la deuxième semaine de confinement, une plate-forme numérique afin de palier à l’absence de ces soirées dont l’objectif, pour les 140 assistantes maternelles agenaises, est d’« amener ses questionnements et ses problématiques rencontrés dans l’accueil des familles ou des enfants ».
 

Maintenir le lien

« Il devait y avoir une soirée le jeudi 26 mars qui a été annulée, de fait, en raison du confinement, explique Audrey Jorrey, animatrice du RAM d’Agen. La psychologue m’a contactée pour confirmer que c’était bien annulé. On était à 15 jours de confinement. Elle m’a proposé directement cette idée de plate-forme. On s’est dit : pourquoi pas. Le substitut de ces soirées peut être un bon compromis. »

« Ensemble, on a réfléchi à un meilleur fonctionnement possible », précise Audrey Jorrey. Elles ont opté, dans un premier temps, pour un échange par mail. « Les assistantes maternelles contactent directement la psychologue par courriel, en nous mettant en copie, ma collègue et moi, afin qu’on puisse avoir une continuité dans le suivi des professionnelles. Elles posent leurs questions et la psychologue leur répond soit par mail soit par téléphone si elle pense que c’est nécessaire. »

Cette plate-forme est proposée uniquement pour assurer un lien, un soutien psychologique. Depuis le début du confinement, Audrey Jorrey est restée en contact avec les assistantes maternelles de son secteur par mail, pour leur communiquer des informations juridiques ou administratives. Une tâche qui occupe bien ses journées ! « Depuis 3 semaines, avec ma collègue animatrice, on leur envoie aussi un petit dossier d’animation hebdomadaire avec des comptines, de la cuisine… On essaie de garder le programme d’animation qu’on met en place dans le RAM, on essaie de garder ce lien. »

 

 

Rien n'était simple

Une attention et une relation qui prennent tout leur sens en cette période d’angoisse, de colère parfois, que peuvent vivre les assistantes maternelles : « On voit au quotidien le besoin de reconnaissance des assistantes maternelles. C’est une profession mal connue et mal reconnue. Les RAM, on se bat pour qu’elles soient reconnues. » Audrey reconnaît que sur son secteur, elle n’a pas eu écho d’assistantes maternelles démobilisées ou sur le point de mettre un terme à leur profession. « Elles ont été bien été entourées et informées par la PMI, les RAM aussi nous l’avons été. Il n’y a pas eu ce sentiment qu’on a pu voir ailleurs d’être laissées de côté. »

Mais Audrey Jorrey reconnaît qu’au début du confinement, rien n’était simple. « Quand tout a été annoncé, comme quoi les crèches et les écoles, tout était bien fermé, mêmes les maisons d’assistantes maternelles (MAM), les assistantes maternelles à domicile continuaient à travailler, mais on ne leur disait pas comment, pourquoi, rien n’était prévu… dans mon secteur, ça s’est apaisé, mais au tout début c’était de la folie ! » Elle confirme ce sentiment des professionnelles « d’être un peu oubliées quand même ».
 

Entendre les craintes

En ce qui concerne le soutien psychologique proposé via la plate-forme, « jusqu’à présent il n’y a pas eu de questionnement ». L’animatrice du RAM a relancé les assistantes maternelles et, à présent, les craintes qui s’expriment concernent le positionnement professionnel, la relation avec l’enfant : « Il y a des gestes barrière à adopter. Comment expliquer aux enfants le port du masque — eux qui n’aiment déjà pas en porter pour carnaval — et les gestes barrière ? Quelle distance prendre ? Comment faire avec des tout-petits ? »

À ces questions de posture, dès le lancement de la plate-forme, la psychologue a donné des outils sous forme de documents illustrés aux professionnelles qui continuaient à accueillir des enfants : quel est ce virus ? Pourquoi il nous rend malade. Elle poursuit sa tâche en leur envoyant de la documentation « très illustrée » pour expliquer et tenir les gestes barrière avec les enfants…

Il y aura un après cette crise sanitaire. « Quand on va revenir, les discussions au RAM vont tourner beaucoup autour de ce confinement », souligne Audrey Jorrey. Après deux mois d’absence, la question sera : « Comment réaccueillir les enfants ? » Gageons que le RAM accompagnera — au mieux — les assistantes maternelles dans la gestion du déconfinement. Après le 11 mai, si tout va bien.