Vous êtes ici

Isabelle Wackenier
Journaliste spécialisée petite enfance

Portrait d'assistante maternelle : « Je ne renouvellerai pas mon agrément »

Nantes confinement assistante maternelle
Publié le 21/03/2020
Isabelle Wackenier
Journaliste spécialisée petite enfance
Quatrième jour de confinement : Dans la poursuite de notre série de portraits de professionnelles, Magali, assistante maternelle à Nantes, témoigne de ses difficultés face au manque de soutien et aux informations contradictoires qui lui parviennent.

Après avoir été garde d’enfants à domicile, Magali* est agréée depuis 4 ans et demi pour 4 enfants. Depuis les mesures de confinement, elle se retrouve avec ses deux filles de 5 et 9 ans, son conjoint et deux enfants qu’elle accueille chez elle, dans un appartement du centre-ville de Nantes et « c’est assez compliqué » : « Mes filles ne vont plus à l’école, mon conjoint est sensé télétravailler, mais il ne peut pas le faire, car il y a trop d’agitation autour de lui, c’est impossible. » Dans ce contexte, Magali a refusé l’accueil d’un bébé qui devait démarrer la semaine dernière, ne pouvant pas « garantir un accueil de qualité et assurer une sécurité optimale ». Un refus très bien compris par les parents qui ne lui ont pas réclamé le versement du demi mois de salaire brut comme convenu dans l’engagement réciproque. « J’ai de la chance », précise-t-elle.
À l’heure actuelle, Magali reçoit donc à son domicile 2 enfants dont 1 bébé de 7 mois. « C’est hyper compliqué parce qu’on habite un appartement, on n’a même pas de balcon. On est 6, mon mari ne peut pas travailler, la plus grande de mes filles a du travail à faire pour l’école. C’est juste impossible, avec les petits qui pleurent, qui crient et qui courent dans tous les sens. » Il faut ajouter dans ce contexte les voisins du dessous qui viennent se plaindre qu’il y a trop de bruit ; ceux qui, pris de panique, ont peur que les enfants accueillis mettent les doigts sur les boutons de l’ascenseur et contaminent l’immeuble !

La PMI absente

Magali ne cache pas sa colère en direction des services de la PMI. « C’est juste incroyable ! On reçoit des mails du département qui disent qu’il n’y a pas de souci, qu’on peut même accueillir plus d’enfants. C’est fou comme d’un coup, on peut obtenir des agréments supplémentaires ! D’un coup, on nous trouve des compétences incroyables ! On nous dit de bien faire respecter les mesures barrières, c’est-à-dire 1 mètre – 1 mètre 50 entre chaque enfant, désinfection totale du logement… c’est juste impossible, il ne faut pas se moquer du monde ! »

Depuis le début des mesures de confinement, la PMI est aux abonnés absents, « lâchement mise sur répondeur pour ne pas répondre aux assistantes maternelles qui sont indignées », selon Magali. Elle navigue à vue pour obtenir des infos, est en contact avec son relais assistantes maternelles (RAM) dont la responsable « ne comprend pas pourquoi [on doit] continuer d’accueillir les enfants. » « Donc, voilà, on se retrouve totalement livrées à nous-mêmes, Mme Pénicaud parle d’un décret pour qu’on puisse, comme n’importe qui, avoir droit soit à un arrêt de travail soit être au chômage partiel pour respecter les mesures de confinement ; ça fait cinq jours qu’on attend, a priori ça va bientôt sortir, Pajemploi est en train de diffuser l’information, mais il n’y a toujours pas de décret. »

 

 

J’ai la chance d’adhérer à un syndicat

« J’ai des informations, car j’ai la chance d’adhérer à un syndicat, l’Unsa ProAssmat », précise Magali qui conseille les collègues, les aide à voir plus clair, notamment à la suite d’un mail envoyé par le département aux assistantes maternelles – mais pas aux parents employeurs – qui disait que « par esprit de civisme, ce serait bien de ne plus accueillir les enfants de personnel non prioritaire, tout en précisant bien qu’il n’avait aucune compétence en ce qui concerne le point de vue financier et contractuel de la chose ». Une collègue l’a appelée lui disant avoir annoncé aux parents qu’elle ne pouvait plus accueillir leurs enfants. Magali lui a répondu : « Ce n’est pas que tu ne peux plus, c’est qu’on te demande de ne pas le faire et du coup, tu fais une croix sur ton salaire ! Elle n’avait pas du tout compris les choses comme cela ! » Les professionnelles sont face à des mauvaises informations, c’est la confusion. « Le RAM dont je dépends a dit à des parents : vous avez le droit de retirer votre enfant et vous avez le droit de ne pas payer votre assmat si vous faites un courrier comme quoi vous retirez votre enfant à cause du coronavirus. Mais pas du tout ! Jamais de la vie ! La convention collective s’applique, pandémie ou pas ! »

Des assistantes maternelles ne vont pas renouveler leur agrément

Magali est amère. « Des assistantes maternelles ne vont pas renouveler leur agrément et moi aussi, je suis dégoûtée comme jamais. Je tousse depuis 3 jours ; j’ai des frissons ; j’ai tous les symptômes. J’ai appelé mon médecin, qui, débordé, ne prend que les cas graves. » Il m’a dit de rester comme ça. Là aussi, Magali se sent « complètement abandonnée ». « Comment voulez-vous qu’on se sorte de cette crise sanitaire ? Je ne vois pas bien. »

 

* Le prénom a été changé pour garantir l’anonymat.