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Isabelle Wackenier
Journaliste spécialisée petite enfance

Portrait d'assistante maternelle : « On est tous mobilisés »

Vendée confinement assistante maternelle
Publié le 23/03/2020
Isabelle Wackenier
Journaliste spécialisée petite enfance
« À un moment donné, il faut savoir parler de solidarité » : Ludivine, assistante maternelle, souhaite continuer d’accueillir les enfants malgré l'angoisse et l'isolement que la situation de confinement entraîne.

Assistante maternelle depuis 7 ans, Ludivine a un agrément pour 4 enfants. Depuis les mesures de confinement, elle continue d’accueillir Valentin (2 ans) et Justine (6 ans), dont les parents travaillent en EHPAD et dans l’agroalimentaire, « des gens qui ne peuvent pas se mettre en arrêt ». « J’ai toute ma petite famille à la maison, mes 3 enfants – de 18, 15 et 10 ans – et mon mari qui a arrêté de travailler depuis mardi midi », souligne la professionnelle qui, malgré l’angoisse que la situation de confinement entraîne, a décidé, en accord avec son mari, de continuer d’accueillir ces enfants : « À un moment donné, il faut savoir parler de solidarité. Ces gens n’ont pas choisi, faut les soutenir comme on peut. » Si elle se dit angoissée – « cela fait peur, il ne faut pas se voiler la face » –, Ludivine souligne travailler « dans la joie et la bonne humeur ».

Des mesures de précaution

Ludivine n’a pas « vraiment changé le quotidien » : « On a juste modifié les gestes d’hygiène. Quand les enfants rentrent à la maison, je les change. Ils ont une tenue pour la maison. La maman a accepté de ne pas entrer dans la maison. On a reçu un message de la PMI avec une affichette, d’où coup j’ai pris en compte les recommandations. La maman l’a bien compris. Ce n’est pas simple, j’avoue, c’est assez froid et distant, je n’aime pas trop ce principe là, mais bon, on essaie de minimiser les risques. »

Il y a une cohérence entre les « gestes barrière » mis en place à son domicile et ceux dans la famille des enfants accueillis. « La petite fille est très réceptive, sa maman lui a expliqué comment on se lave les mains, elle le fait avec perfection ! » La maman lave les mains des enfants avec du gel hydroalcoolique avant de les déposer chez elle, ce qui rassure plus Ludivine pour les accueillir.

Travailler pour penser à autre chose

« On est tous mobilisés », souligne Ludivine, dont le fils aîné qui fait des études dans le sanitaire et social a pu expliquer à sa plus jeune sœur pourquoi sa maman se devait de travailler et accueillir les enfants. Il a proposé de faire la lecture à Justine pendant que l’assistante maternelle s’occupe du petit Valentin. « Continuer de travailler me permet de penser à autre chose, souligne Ludivine. On a instauré d’autres choses, on a décidé avec ma fille, la dernière, et Justine, dont la maman travaille en EHPAD, de faire des petits bricolages pour égayer la maison de retraite pour les papis et mamies qui sont tristes tout seuls ; aujourd’hui on a fait des petites cages à oiseaux. C’est ma façon à moi d’essayer de se changer les idées. »

Rompre l'isolement

Dans cette période tourmentée, Ludivine exprime un regret, les promenades avec une collègue, qu’elle ne peut plus faire. « Ça manque », mais les deux amies s’envoient des sms pour échanger des nouvelles. Elle souligne l’isolement de la profession, encore plus important avec le confinement. « On discute via les réseaux sociaux, c’est un peu l’échappatoire, le défouloir. En plus, tout le monde ne comprend pas la situation de l’assistante maternelle, certains disent qu’on a de la chance, on travaille chez nous. Parler entre assistantes maternelles, ça fait du bien. On voit qu’on n’est pas toute seule à vivre et penser les mêmes choses… en espérant que tout aille vite mieux. »