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Les 1 000 premiers jours : une période cruciale pour le développement de l’enfant

parentalité petite enfance
Publié le 24/09/2019
Angélique Bont
Journaliste spécialisée en puériculture et éducation
La Commission scientifique consacrée aux « 1 000 premiers jours de l’enfant » a mis en exergue l’importance des trois premières années de l’enfant, sur le plan médical comme social et psychologique.

La Commission scientifique consacrée aux « 1 000 premiers jours de l’enfant », présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, a été installée le 19 septembre par Emmanuel Macron et le secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance Adrien Taquet. Au cours des débats, les participants ont expliqué en quoi  les 1 000 premiers jours sont importants pour l'enfant.

Période de bouillonnement synaptique

« Grâce aux connaissances acquises sur le fonctionnement du corps humain, celui du génome, celui du cerveau, nous savons que beaucoup de choses se déterminent très tôt dans la petite enfance, voire lors du développement fœtal et, beaucoup le disent maintenant, en pré-conceptionnel », a exposé Agnès Buzyn. Boris Cyrulnik a précisé : « Ce qui caractérise ces 1 000 premiers jours et la suite, c’est le bouillonnement synaptique, c’est-à-dire que les neurones entrent en connexion à une vitesse folle les uns avec les autres, à raison de 200 ou 300 000 connections à la minute. Ce qui veut dire que c’est un moment crucial, qu’il vaudrait mieux ne pas rater, car la moindre information de ce milieu s’imprègne biologiquement. Cette empreinte se passe dès la grossesse, dès les interactions précoces, tout de suite après l’accouchement et au cours de la deuxième année. »

Nécessité de forger une niche sensorielle et affective

Mais ce développement du jeune enfant peut être empêché si l’on s’occupe mal de lui pendant cette période. « Depuis une vingtaine d’années, les technologies d’explorations cérébrales, biologiques et psychologiques montrent que nos bébés auront un développement différent dans des cultures familiales bouleversées, a expliqué Boris Cyrulnik. Si la niche sensorielle et affective est stable autour de ces enfants, ils vont acquérir une petite confiance primitive et des facteurs de protection qu’ils vont garder pendant une grande partie de leur vie : ceux-là sont les bien-partis de l’existence. » Isabelle Filliozat, psychothérapeute et vice-Présidente de la Commission, a renchérit : « C’est dès le premier âge que nous posons les premières pierres de la personnalité future de l’enfant. Les parents ne savent pas toujours que quand ils font risette avec leur enfant, ils sont en train de lui enseigner, plus tard, l’empathie, la responsabilité sociale, toutes sortes de compétences que nous voulons donner à nos enfants. »

Un devoir collectif et sociétal

A l’inverse, lorsque la niche est pauvre et dysfonctionnelle - des difficultés imputables à des raisons médicales, mais le plus souvent, à l’isolement de la mère ou du bébé, à la violence conjugale, à la précarité sociale… - les enfants acquièrent des facteurs de vulnérabilité. « Le dysfonctionnement cérébral structuré par le malheur des parents fait que ces enfants ne savent plus contrôler leurs émotions. Ceux-là font partie des mal partis de l’existence », a déploré le neuropsychiatre. « Il ne faut pas croire non plus que tout est joué au bout de ces 1 000 jours : on sait qu’il y a, heureusement, de la résilience, du rebond, des nouvelles chances, a tempéré Emmanuel Macron. Mais je crois que l’on peut collectivement décider que tout ce qu’on peut faire pour que ces 1 000 jours se passent au mieux (…), plus on aura fait œuvre utile pour la société. »