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Le projet d’accueil de l’assistante maternelle

Le projet d’accueil de l’assistante maternelle
Publié le 17/03/2020
Adeline Manchon
Psychologue-formatrice
Le projet d’accueil fait partie des compétences des professionnelles exigées à l’issue de la formation des assistantes maternelles et de l’épreuve EP3 du CAP « Accompagnement éducatif petite enfance ». Ce dossier présente un éclairage sur les objectifs et les exigences attendues de cette épreuve. Élaborer un projet d’accueil concerne toutes les professionnelles – et pas uniquement celles en formation – qui souhaitent réfléchir sur leurs pratiques professionnelles, leur donner ou leur redonner du sens. Présentation de la professionnelle, cadre, lieu et temps de l’accueil, actes de la vie quotidienne, valeurs et compétences professionnelles, relation avec les parents... L’assmat vous guide pas à pas dans l’élaboration de votre projet d’accueil.

 

Pourquoi élaborer un projet d’accueil ?

Le projet d’accueil est un outil indispensable à de nombreux égards. Il participe à la professionnalisation du métier. L’assistante maternelle s’y présente, définit son cadre de travail et lui donne du sens pour un accueil de qualité des enfants dans le respect de leurs besoins. Ce projet, qui est un tiers dans la relation parents/professionnelle, prend également en compte leurs attentes.

Au même titre que les établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE) ou les établissements spécialisés accueillant des enfants porteurs de handicap, l’assistante maternelle doit, elle aussi, exposer son travail, le rendre visible et accessible à tous par la rédaction d’un projet d’accueil. Cette réforme de la formation et ses exigences ont pour but de valoriser ce métier en le professionnalisant. La professionnelle devra mettre en avant ses compétences, ses valeurs professionnelles et définir son cadre de travail. Nous sommes donc loin de la vision passéiste de la personne qui « garde » les enfants : assistante maternelle est un métier avec une formation, des connaissances, des compétences.

Le projet d’accueil : un outil personnel et singulier

Pour rendre compte de la singularité de son travail, la professionnelle doit se poser ces questions :

  • Qu’est-ce que j’aime particulièrement dans mon métier (1) ?
  • Qu’est-ce que j’aime particulièrement dans l’accueil des enfants ?
  • Qu’est-ce qui me différencie d’une autre assistante maternelle ?
  • Quelles sont mes pratiques, mes spécificités, mes sensibilités dans l’accueil d’un enfant ?

Cela peut être une pédagogie spécifique à laquelle la professionnelle s’est formée (Montessori ou la motricité libre, par exemple) ou une méthode de communication (la langue des signes pour les bébés). L’intérêt pour le monde extérieur, les rencontres avec d’autres personnes singularisent également l’accueil : des sorties au parc, à la bibliothèque, au marché, au relais assistantes maternelles (RAM), dans un lieu d’accueil enfants parents (LAEP), etc.
Si une assistante maternelle dispose d’un jardin, celui-ci fait partie des modalités d’accueil. Si elle l’utilise à des fins pédagogiques – sensibilisation aux différentes saisons par l’observation, le ramassage, la cueillette, le potager –, celui-ci devient un axe de travail à mettre en avant dans son projet d’accueil.
Le projet d’accueil est une carte d’identité professionnelle. Il y a donc autant de projets d’accueil que d’assistantes maternelles. Un projet s’ajuste aussi à l’enfant ; il peut être un peu différent selon son âge, ses besoins, ses difficultés ou si l’enfant est porteur d’un handicap.

Définir le cadre de travail de l’assistante maternelle et lui donner du sens

La rédaction du projet peut être perçue comme un exercice fastidieux, éloigné de la pratique professionnelle quotidienne. Or, ce projet permet une réflexion sur le cadre de travail, en le délimitant : comment et par quoi est-il défini ? la professionnelle liste tout ce qui constitue son travail au quotidien. Formatrice, j’accompagne des assistantes maternelles dans l’élaboration de leur projet et de leur livret d’accueil. Je constate, qu’au moment de la rédaction, elles prennent conscience de tout ce qu’elles exécutent au quotidien : les tâches, l’attention portée aux enfants, mais surtout le sens de toutes ces actions qui contribuent au développement de l’enfant ainsi qu’à son bien-être. Le projet d’accueil donne de la visibilité à ce travail « invisible » et permet de mettre du sens sur le « faire », sur les actes.
Par exemple, présenter une journée type dans un projet d’accueil éclaire les parents sur la nécessité d’un rythme avec des temps forts qui scindent la journée d’un enfant, lui donne des repères et respecte ses besoins (temps de repas, temps de sieste...).
De plus, la répétition crée des rituels qui rassurent l’enfant, lui donnent un cadre sécurisant dans lequel il va pouvoir grandir, se construire. Ces rituels permettent l’acquisition de repères temporels.

Un excellent outil dans la relation parents/professionnelle

La première rencontre

Tout comme les parents qui viennent avec une liste de questions et de points à aborder (dans leur tête ou sur papier), l’assistante maternelle doit, elle aussi, préparer la première rencontre (2). Se servir du projet d’accueil comme support d’échange et trame d’entretien permet d’aborder tous les points importants.
La professionnelle se présente, présente son logement et éventuellement les membres de sa famille. Elle parle de sa profession de manière singulière : quelle est sa vision personnelle du métier ? Comment accompagne-t-elle les enfants dans leur développement et les parents dans leur réflexion, questionnement ?
Le projet d’accueil peut être remis en main propre à la fin de la rencontre sous la forme synthétique du livret d’accueil. Celui-ci reprend les modalités d’accueil, les valeurs professionnelles, décrit une journée type, les activités proposées aux enfants en fonction de leur âge et de leur rythme. Ce document renseigne sur les pédagogies dont elle s’inspire et plante le décor de son cadre de travail.
Les parents pourront en prendre connaissance et y réfléchir dans un second temps. Tout y est décrit de manière transparente. Ainsi, le projet d’accueil répond en principe à bon nombre de questions que les parents se posent et peut lever certaines inquiétudes. C’est une base positive pour instaurer une relation de confiance.
Ce projet, ainsi que l’échange avec la professionnelle permettront aux parents de se faire une idée, de se créer une représentation de l’accueil de leur enfant (né ou à naître) chez cette personne. Ils pourront se projeter.
Les parents s’appuieront sur leur ressenti qui est très important pour l’instauration d’un lien de confiance (le contact passe-t-il bien avec cette personne ? Se sont-ils sentis à l’aise ?) et sur des éléments précis. Le livret d’accueil les y aidera. Les valeurs de l’assistante maternelle sont-elles les valeurs utilisées à la maison ? Leurs pédagogies, leurs visions respectives de l’éducation sont-elles compatibles ? Les conditions d’accueil leur conviennent-elles ?
L’assistante maternelle réfléchira, elle aussi, aux échanges qui ont eu lieu pour prendre sa décision. Les parents ont-ils été sensibles, à l’écoute de son projet d’accueil ? Pense-t-elle pouvoir le mettre en place avec cette famille ? Se sent-elle écoutée, reconnue dans sa posture professionnelle ? Ce n’est pas un entretien d’embauche unilatéral, mais une décision mutuelle.

Maisons d’assistants maternels : le projet d’accueil partagé

Le guide ministériel sur les maisons d’assistantes maternelles (MAM) définit les attentes et le contenu du projet d’accueil partagé (1). Il est obligatoire pour l’ouverture d’une MAM. Attentivement étudié par la protection maternelle et infantile (PMI), il peut être demandé aux professionnelles une réécriture ou des ajustements s’il ne correspond pas aux attentes fixées par ce guide. L’ouverture d’une MAM peut donc être repoussée ou annulée.
La création d’un projet d’accueil partagé nécessite une réflexion commune de toutes les professionnelles qui souhaitent travailler dans la maison. Le guide ministériel propose d’aborder les points suivants :

  • les valeurs et les principes éducatifs ;
  • la place et la participation des parents ;
  • le rôle des assistants maternels, la notion d’assistante maternelle référente, le sentiment de sécurité affective dans un environnement adéquat ;
  • la période d’adaptation et l’accueil de l’enfant au sein de la MAM ;
  • les bases nécessaires à une prise en charge adaptée du bébé ;
  • les éléments contributifs à la socialisation et l’autonomie ;
  • l’aménagement des temps d’accueil ;
  • le respect des rythmes : sommeil, alimentation, etc. ;
  • les repas des enfants et des adultes (préparation et service des repas) ;
  • l’aménagement des espaces pour les jeux, les repas, le sommeil, les soins d’hygiène et l’accueil des parents (confidentialité) ;
  • les activités ludiques/éducatives proposées au sein de la MAM ;
  • les sorties à l’extérieur (relais d’assistantes maternelles, jardins publics, ludothèque, médiathèque, etc.) ;
  • le choix du matériel de puériculture.

Le projet d’accueil partagé renseigne sur le socle de valeurs communes des professionnelles : quelles sont leur vision, leur conception commune du métier et ses applications au quotidien ? Le projet d’accueil partagé est aussi le reflet de la complémentarité de ces professionnelles ; complémentarité qui fait la richesse du travail en équipe et qui personnalise l’accueil de l’enfant en fonction de son âge, de ses particularités et de ses besoins.
Une charte de fonctionnement de la MAM compose le projet d’accueil partagé. Elle est à destination des parents en leur présentant l’organisation, le fonctionnement. Elle définit le principe de délégation d’accueil et ses limites. Elle aborde les modalités d’accueil, les conditions d’accueil classique et les cas particuliers (enfant malade, allergies…), les conditions de départ de l’enfant, les modalités de communication avec les parents…
L’élaboration d’un règlement interne est conseillé. Il clarifie l’organisation interne de la MAM entre professionnelles : l’organisation du travail dans le temps, la participation aux charges de la MAM, la répartition des tâches, la gestion administrative et comptable. Le projet d’accueil partagé est un outil vivant qui évolue au fil du temps. Une relecture annuelle suivie d’une réflexion avec des réajustements est envisageable. L’arrivée d’une nouvelle professionnelle est aussi l’occasion de modifications (notamment dans le règlement interne).

(1) Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Maison d’assistantes maternelles, Guide ministériel à l’usage des services de PMI et des assistants maternels, mars 2016, téléchargeable sur : www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr

Projet d'accueil

 

En cas de difficulté relationnelle, de conflit

Le projet d’accueil est un document de base auquel chacune des parties peut se référer tout au long de l’accueil ; tout comme le contrat de travail, le ou les avenants (le projet d’accueil peut figurer en annexe du contrat de travail).
Il sert de base de discussion, d’échanges et fait tiers en cas de désaccords (au même titre qu’une personne extérieure, l’animatrice du RAM, par exemple, pourrait faire tiers) (3). la professionnelle explique concrètement pourquoi elle n’est pas en accord avec certaines demandes des parents en se basant sur ses valeurs éducatives qui figurent dans ce document par exemple, et, ou sur les besoins de l’enfant qui, selon elle, ne sont pas respectés dans la demande des parents.
En principe, si la professionnelle a exposé de manière claire et détaillée, lors de la première rencontre, sa manière de travailler et que les parents ont pris connaissance du projet d’accueil et y ont réfléchi, les désaccords concernant l’accueil devraient être mineurs, les écarts peu importants. Des « compromis » peuvent généralement être trouvés pour maintenir un accueil de qualité pour l’enfant et répondre aux attentes des parents.

Notes

(1) Répondre « les enfants » à cette question est une évidence (du moins il faut l’espérer), mais pas une réponse.
(2) Voir L’assmat, n° 177, juin-juillet 2019, p. 38.
(3) Voir L’assmat, n° 178, août/septembre 2019, p. 38.

 


Que doit contenir le projet d’accueil ?

Il s’agit ici d’une présentation de contenu d’un projet d’accueil type sur lequel peuvent s’appuyer les professionnelles désireuses d’élaborer le leur. Il est évidemment important de se renseigner auprès de son académie ou de sa protection maternelle et infantile (PMI) de secteur sur leurs attentes et exigences (quelques différences sont à noter sur le territoire français). De plus, le projet d’accueil se réfléchit aussi avec les parents. Ainsi, il peut y avoir des petites (ou grandes différences) en fonction des parents et de leurs souhaits, de l’enfant accueilli et de ses besoins.

Présentation de l’assistante maternelle et de son cadre d’accueil

La première partie introductive du projet d’accueil est une présentation professionnelle.

Quel est votre parcours professionnel ? Quelle démarche vous a poussée vers cette orientation/ réorientation professionnelle ?

Exposer le parcours et la démarche qui vous ont amenée à devenir assistante maternelle est intéressant à expliquer. En effet, cela permet de se présenter aux parents de manière professionnelle, de faire connaissance avec eux. Cela peut les mettre en confiance d’en savoir un peu plus sur la personne à qui ils vont confier leur enfant.
De plus, expliquer son parcours professionnel et éventuellement le pourquoi d’une réorientation professionnelle est une bonne introduction pour parler ensuite de ses valeurs éducatives et pédagogiques.

Quelles sont les formations que vous avez suivies ?

La formation initiale d’assistante maternelle, mais aussi les formations complémentaires, leurs thématiques ainsi que l’intérêt porté pour ces thèmes sont autant d’éléments à mettre en avant.

Quelles sont vos expériences auprès de jeunes enfants ?

Les expériences auprès de jeunes enfants dans sa vie personnelle ou professionnelle (stage ou expérience en accueil collectif, animation en centre de loisirs ou périscolaire, cours particuliers…) peuvent figurer. De ces expériences et formations découlent des compétences professionnelles à développer.

Quelles sont les compétences acquises en formation ? Comment les mettez-vous en application au quotidien auprès des enfants accueillis ?

En formation initiale d’assistante maternelle, des connaissances sur les besoins de l’enfant en fonction de son âge, de son rythme ont été acquises. Grâce à ces connaissances, la professionnelle est compétente et attentive pour respecter les besoins de l’enfant.
De même, la connaissance et le respect des normes et règles d’hygiène et de sécurité permettent de garantir la sécurité de l’enfant accueilli.
La connaissance du développement psychomoteur et affectif de l’enfant acquise en formation initiale élargit les propositions de jeux et d’activités adaptées à l’âge et aux envies des enfants et favorise leur éveil et leurs acquisitions.

Quelles sont vos valeurs professionnelles ?

Une valeur est définie comme « ce qui est posé comme vrai, beau, bien, d’un point de vue personnel ou selon les critères d’une société, et qui est donné comme un idéal à atteindre, comme quelque chose à défendre » (1).
Le projet d’accueil doit être le lieu de l’articulation entre valeurs de la professionnelle, attentes, demandes des parents et besoins et demandes (quand il peut les exprimer) de l’enfant. Les valeurs de l’assistante maternelle peuvent ainsi être le respect, l’écoute, la bienveillance, la confiance en l’autre, l’optimisme, la tolérance, l’ouverture d’esprit (liste non exhaustive). Il est important d’expliquer en quoi et comment ces valeurs sont garanties dans l’accueil d’un enfant.

Comment garantir l’équilibre vie professionnelle/ vie personnelle ? Que mettre en place pour que l’intimité soit respectée par les familles ?

Quelques lignes sont également bienvenues au sujet de l’impact du travail au domicile au quotidien sur la vie personnelle, familiale. Il est nécessaire de poser le cadre pour que l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle soit respecté (2).

Le respect des horaires du contrat et la nécessité de prévenir en cas de retard imprévu

La professionnelle travaille à son domicile ; son cadre de travail est (en partie) fixé par des horaires qui doivent être respectés.

Le respect des espaces privés du domicile
  • Définir l’endroit où les parents amènent et viennent chercher leur enfant (entrée du domicile ou le salon par exemple).
  • Définir les pièces accessibles aux enfants lors de l’accueil et les pièces qui restent privées. Si les chambres des enfants de l’assistante maternelle servent à la sieste des enfants accueillis, il est important qu’elles soient réservées qu’à cet effet, et ne deviennent pas un lieu de jeu pour tous. Cela pourrait être vécu comme une intrusion de leur espace personnel. Tout cela peut également être défini dans la partie « Présentation du lieu d’accueil ».
  • Les animaux de compagnie

    L’assistante maternelle possède-t-elle un ou des animaux de compagnie ? Le ou lesquels ? Sont-ils présents pendant l’accueil des enfants ? Dans quelles pièces du logement ?

    Présentation du lieu d’accueil

    Les espaces, les pièces, qui sont accessibles à l’enfant durant son accueil doivent être listés.

    • Penser aux parties extérieures : jardin, cour intérieure, balcon.
    • Préciser que l’aménagement de l’espace a été pensé pour respecter les règles d’hygiène et de sécurité. Lors de ces différentes visites (visite pour agrément, renouvellement, demande d’extension…), la puéricultrice de la PMI examine avec attention le logement et valide s’il correspond aux attentes concernant l’hygiène et la sécurité. L’aménagement de l’espace peut répondre à certains objectifs pédagogiques. Cela est également à décrire et expliquer.

    Exemple
    Pour aider l’enfant à acquérir de l’autonomie, l’aménagement du coin jeu est notamment pensé pour lui permettre d’évoluer librement, en sécurité (espace dégagé), mais aussi d’accéder aux jouets facilement (meubles bas, jouets accessibles, visibles et en quantité suffisante, mais pas trop pour ne pas disperser l’attention des enfants).

    • Définir la notion d’intimité l’expliquer avec l’aménagement du coin change, par exemple.

    Préparation de l’accueil

    La période d’adaptation marque le début de l’accueil de l’enfant. Cette période incontournable est importante à différents égards. la professionnelle doit prendre en compte l’enfant et ses besoins, ses parents, leurs attentes, souhaits et leurs inquiétudes.

    Se placer du point de vue de l’enfant

    • Prendre en compte son âge. Accueillir un bébé de quelques semaines, de neuf mois (angoisse de séparation), de deux ans… nécessitera des aménagements spécifiques, des attentions particulières. Les temps de séparation/retrouvailles seront différents et gérés différemment.
    • Le connaître lui et ses habitudes (coucher, repas, mode de vie…), son rythme, ses différentes séparations dans sa vie (a-t-il déjà été en crèche ou chez une autre assistante maternelle ?).

    Une rencontre préparatoire à la période d’adaptation peut être proposée pour mieux connaître l’enfant, sa famille, et leurs besoins.

    Se placer du point de vue des parents

    • Comment envisagent-ils cette période d’adaptation ? Et de manière plus large, la séparation avec leur enfant ? La mère reprend-elle son travail après un congé maternité ? Y a-t-il eu un congé parental de quelques mois ?
    • Quelles sont leurs possibilités, leurs disponibilités pour cette période d’adaptation ? Aborder la question des retrouvailles parents/enfants aussi avec eux.

    La professionnelle propose une période d’adaptation cohérente qui tienne compte de tous ces paramètres (expliqués plus haut).

    L’accueil d’un enfant en situation de handicap

    Les assistantes maternelles peuvent accueillir un enfant en situation de handicap, sans prérequis, ni formation spécifique. Dans son rapport « Accueillir et scolariser les enfants en situation de handicap de la naissance à 6 ans et accompagner leur famille » datant de juillet 2018, le Haut Conseil de la famille de l’enfance et de l’âge (HCFEA) préconise l’instauration d’une prime pour les assistantes maternelles souhaitant se former à l’accompagnement d’un enfant en situation de handicap (1). Le but étant de valoriser les professionnelles qui feraient le choix de ce type d’accueil, de promouvoir et de développer l’accueil individuel pour les enfants en situation de handicap.
    Accueillir un enfant, c’est prendre en compte sa singularité, ses besoins, sa personnalité, ses particularités, que l’on soit dans une situation de handicap, de pathologie particulière ou pas.
    Il existe de nombreuses formes de handicap (psychique, physique, sensoriel, moteur) ; chaque enfant est unique. Il n’y a donc pas « d’accueil type » d’enfants porteurs de handicap.
    Le projet d’accueil de l’assistante maternelle doit tenir compte des particularités de l’enfant qui constitueront les spécificités de son accueil.
    Par exemple, un enfant ayant un déficit intellectuel peut avoir un rythme plus lent que la moyenne, notamment dans l’acquisition des apprentissages. Les propositions d’activités, de jeux, doivent être en lien avec cette particularité. Aussi, avoir en tête qu’une surstimulation (motrice, sensorielle, d’éveil) ne sert à rien. L’enfant a-t-il des besoins spécifiques en lien avec sa pathologie ? N’étant pas un professionnel de santé, l’assistante maternelle ne peut pas consulter le dossier médical de l’enfant ni même avoir le diagnostic de la maladie (sauf si les parents souhaitent lui communiquer ses informations). En revanche, elle doit avoir en sa possession tous les éléments lui permettant de répondre aux besoins spécifiques de cet enfant pour un accueil de qualité.
    Si des professionnels de santé, des paramédicaux (kinésithérapeute, psychomotricien, ergothérapeute, etc.) prennent en charge l’enfant pendant le temps d’accueil, elle peut dialoguer avec eux, poser des questions pour avoir une vision plus globale de sa prise en charge.
    Le projet d’accueil de l’enfant en situation de handicap devra prendre en compte les éléments importants transmis par les parents et, ou professionnels de santé permettant de s’adapter au mieux à l’enfant, ses particularités et spécificités.
    Mais, ce projet d’accueil ne réduit pas non plus l’enfant à son handicap. Il doit prendre l’enfant en compte dans sa globalité, c’est-à-dire sa personnalité, ses goûts, ses besoins. Il doit aussi aborder la relation aux parents et leur accompagnement pour l’instauration d’une relation de confiance et de qualité.

    (1) www.hcfea.fr/IMG/pdf/Rapport_inclusion_handicap-petite_enfance_VF.pdf

    Le temps d’accueil : déroulement, organisation

    La présentation d’une journée type permet d’éclairer au mieux le déroulement de la journée et son organisation. Prendre en compte les différents âges des enfants illustre le respect des rythmes et besoins différents.

    Exemple
    Accueillir un enfant de 3 mois et un enfant de 3 ans tout en respectant les besoins de sommeil (plusieurs siestes par jour) du plus petit et en proposant des activités ludiques, des sorties adaptées au plus grand.

    • Aborder les différents temps forts de la journée : activités, jeux libres, repas, sommeil…
    • Ne pas oublier les temps de transition entre deux temps forts dans la journée.
    • Penser à mettre en avant vos rituels et surtout leur sens.

    Exemple
    Un temps chanson avant le repas permet de passer à table plus calmement. Un temps lecture avant la sieste de début d’après-midi initie la détente corporelle et le repos, un jeu de marionnettes avant l’arrivée des parents le soir signifie à l’enfant que vous allez bientôt vous quitter.

    Les actes de la vie quotidienne

    Le repas

    Le choix doit être laissé aux parents de fournir ou non les repas de l’enfant. Pour le bébé nourri au lait, il doit être spécifié qui fournit quoi : le lait infantile, les biberons, l’eau minérale ? Si la famille fournit du lait maternel dans le cas d’enfant allaité, l’assistante maternelle doit être informée des conditions de conservation de ce lait.
    Si l’assistante maternelle fournit les repas et goûters à l’enfant, elle peut renseigner des menus, de la provenance des aliments par exemple.
    Dans le cas spécifique d’allergies alimentaires ou d’intolérance, cela fera l’objet d’un protocole d’accueil spécifique vu avec le médecin de l’enfant.

    Le repos et sommeil de l’enfant

    Une attention particulière est portée au rythme de chaque enfant accueilli en fonction de leur âge, mais aussi de leur rythme de vie personnel. La professionnelle doit se renseigner sur les rituels de couchage (habitudes d’endormissement, position de couchage, veilleuse/petite lumière, berceuse/ musique) de chacun et présenter le matériel de puériculture mis à disposition pour le sommeil des enfants (lit parapluie/berceau, turbulette…).

    Propreté, change

    Il est important de se renseigner sur les habitudes de change des familles (couches jetables, lavables, lingettes ou pas…). Le lavage des mains avant et après les repas, le débarbouillage du visage, le lavage des dents, les vêtements de rechange sont autant d’éléments à réfléchir ensemble avec les familles dans le respect des différences et des souhaits de chacun. L’apprentissage de la propreté est un thème important. Ce choix appartient aux parents ; la professionnelle est bien sûr un soutien dans cette décision. En fonction de son expérience et de ses compétences, elle peut proposer des aménagements, donner son point de vue. Elle poursuit sur le temps d’accueil ce qui a été initié à la maison.

    Le développement de l’enfant

    L’assistante maternelle est une professionnelle de la petite enfance. Elle a reçu dans sa formation un enseignement sur le développement de l’enfant. Forte de ses compétences, elle fait des propositions de jeux, d’activités, de sorties adaptées à l’enfant, son rythme, ses besoins et ses souhaits (pour les plus grands qui peuvent les verbaliser ou les exprimer autrement). Elle peut également partager ses connaissances en donnant des repères sur le développement aux parents qui seraient demandeurs de ce type d’échange.
    Le choix du matériel de puériculture est aussi réfléchi avec ses connaissances sur le développement de l’enfant (ex. : proposition de tapis d’éveil peu encombré plutôt qu’un transat pour permettre à l’enfant de bouger librement et initier des retournements vers 5/6 mois, proposition en lien avec ses connaissances sur le développement psychomoteur).
    L’observation fait partie intégrante de son métier. Il est judicieux d’expliquer en quoi cet outil de travail est important. Cela lui permet d’apprendre à connaître les enfants : savoir ce qu’ils aiment faire et moins faire, être attentive au développement global de l’enfant, voir leur évolution dans différents domaines (acquisitions, langage, évolution de leur personnalité et relation aux autres enfants).
    À partir de ces observations, des transmissions plus fines et précises peuvent être faites aux parents le soir. L’observation attentive de la professionnelle permet de repérer les difficultés que peut rencontrer un enfant (développement psychomoteur, relation aux autres enfants, acquisitions du langage) et d’en discuter avec les parents sans les alerter, de faire des propositions. Si elle fréquente le relais assistantes maternelles (RAM) de sa ville pour participer à des activités, cela devra être proposé aux parents et réfléchi dans l’intérêt de l’enfant.

    Les relations parents employeurs/assistante maternelle

    L’assistante maternelle doit exposer ce qu’elle attend de la relation avec les parents et définir le principe de coéducation si elle s’inspire de cette notion pour travailler et échanger avec eux.
    Il s’agit d’une « relation entre éducateurs dits "premiers", que sont les parents et éducateurs professionnels qui oeuvrent en parallèle […] ou/et successivement lorsque l’enfant grandit […] en tout cas en alternance avec les parents » (3).
    L’assistante maternelle et les parents forment une « équipe » au service de l’enfant et de son bien-être. Ils sont en accord sur l’éducation, font des propositions cohérentes à l’enfant, garantissant une continuité rassurante et constructive pour lui.

    Force de proposition

    L’assistante maternelle ne prend pas de « grandes décisions » seule (comme l’apprentissage de la propreté), il s’agit d’une discussion, et des décisions sont prises en accord avec les parents. Elle peut en revanche être force de propositions pour les parents et un soutien pour eux. L’échange avec elle peut leur permettre d’avancer dans leur réflexion sur leur enfant, d’avoir une autre vision des choses.

    Les transmissions

    La question des transmissions peut être réfléchie ensemble pour une meilleure communication. Cette discussion doit prendre en compte les attentes des parents ainsi que les possibilités et souhaits de l’assistante maternelle.
    Transmissions orales, écrites ou les deux ? L’utilisation d’un cahier de transmission garantit le bon échange des informations du quotidien. Un cahier de vie avec photos, dessins, activités permet de garder une trace de l’accueil de l’enfant. La possibilité de prendre des photos des enfants et de les envoyer par sms aux parents (droit à l’image) doit être abordée.

    En conclusion

    Il existe autant de projets d’accueil que d’assistantes maternelles. Chaque projet d’accueil doit être pensé comme un outil qui présente la professionnelle et sa singularité, sa spécificité. Véritable carte d’identité professionnelle, il est parfois un peu différent et adapté selon les familles accueillies, leurs demandes, leurs attentes spécifiques, mais aussi selon l’enfant, son âge, sa propre singularité.
    Le projet d’accueil de l’enfant en situation de handicap devra prendre en compte les éléments importants transmis par les parents et, ou les professionnels de santé permettant de s’adapter au mieux à l’enfant, ses particularités et spécificités. Mais ce projet d’accueil ne résume pas non plus l’enfant à son handicap. Il doit prendre l’enfant en compte dans sa globalité, c’est-à-dire sa personnalité, ses goûts, ses besoins. Il doit aussi aborder la relation aux parents et leur accompagnement pour l’instauration d’une relation de confiance et de qualité (voir encadré, L’accueil d’un enfant en situation de handicap).

     

    Notes

    (1) Le Petit Larousse illustré, édition 2020.
    (2) Voir L’assmat, n° 179, octobre/novembre, p. 36.
    (3) S. Rayna, M.-N. Rubio., H. Scheu., Parents-professionnels : La coéducation en question, éditions Érès, 2010.

     

    L’essentiel

    Le contenu du projet d’accueil

    1 – Présentation de l’assistante maternelle et du cadre d’accueil

    • Quel est votre parcours professionnel ?
    • Quelles expériences avez-vous auprès de jeunes enfants ?
    • Quelles compétences avez-vous acquises en formations ?
    • Quelles sont vos valeurs professionnelles et leurs applications au quotidien ?

    2 – Présentation du lieu d’accueil

    • Quels sont les lieux/pièces accessibles pendant l’accueil de l’enfant ?
    • En quoi l’aménagement de l’espace répond-il aux normes de sécurité et d’hygiène ?
    • En quoi ce dernier vous aidera dans vos objectifs pédagogiques (autonomie) ?

    3 – Préparation de l’accueil

    • Comment est pensée, préparée la période d’adaptation?
    • Comment sont pensés les différents temps de séparation et de retrouvailles ?

    4 – Le temps d’accueil : déroulement, organisation

    • Présentation d’une journée type qui tient compte des âges, rythmes et besoins différents des enfants.
    • Ne pas oublier les temps de transition et rituels.

    5 – Les actes de la vie quotidienne

    • Comment garantir et respecter le rythme de chacun des enfants accueillis ? Comment veiller au repos et sommeil de tous ?
    • Qui fournit les repas ?
    • Comment garantissez-vous l’hygiène lors de l’accueil d’un enfant ?

    6 – Le développement de l’enfant

    • La professionnelle a acquis des connaissances en formation : compétences dans le choix du matériel de puériculture, les activités proposées, sorties adaptées…

    7 – Les relations parents/ assistante maternelle

    • Comment envisagez-vous les relations avec les parents des enfants accueillis (coéducation, relation de confiance, transparence) ?
    • Quel mode de transmission choisir (oral, écrit) ? Quels outils mettre à place ? Avec quels objectifs

Voir aussi